Résumé rapide
Renaturation de l’Île Demoiselle, ancien camping de 7 ha à Annet‑sur‑Marne, menée par Safer Île‑de‑France et l’EPFIF pour désartificialiser le site, éliminer les dépôts sauvages et restaurer les milieux humides, la biodiversité et la sécurité locale.
Renaturer l’Île Demoiselle à Annet-sur-Marne : transformer un ancien camping dégradé en espace vivant
À Annet-sur-Marne, entre la Marne et la RD404, face à l’Île de Loisirs de Jablines–Annet, un site de 7 hectares cristallise à lui seul plusieurs tensions très actuelles : friches dégradées, dépôts sauvages, artificialisation des sols, risques environnementaux… et, en miroir, une opportunité rare de « réparer » un morceau de territoire. Ce site, connu comme l’ancien camping de l’Île Demoiselle, fait aujourd’hui l’objet d’un projet de renaturation porté par la Safer Île-de-France et l’EPF Île-de-France (EPFIF), en partenariat avec la commune.
Ces informations complètent la plaquette Safer/EPFIF avec un profil « base de données » du site.
- Identifiant : 77005_37563
- Nom : Île Demoiselle
- Statut : friche avec projet (projet à l’étude / en cours)
- Type de friche (avant reconversion) : inconnu
Résumé (contexte & contraintes)
- Friche > 5 ha, emprise bâtie < 1 ha.
- Propriété publique & privée.
- Située en zone d’activité ; commune classée zone B (zonage ABC).
- Proximité d’un zonage environnemental (ZNIEFF / Natura 2000 / réserve) ; hors trame verte et bleue connue.
- Risque naturel : non signalé. Risque technologique : non signalé.
- Accessibilité : gare à > 1 km (4,3 km) ; échangeur autoroutier à > 5 km (≈ 10,03 km).
Chiffres clés
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Commune | Annet-sur-Marne |
| Surface de la friche | 70 782 m² (≈ 7,08 ha) |
| Surface de l’unité de propriété | 130 007 m² (≈ 13,00 ha) |
| Taux d’espace urbanisé (unité de propriété) | 100 % |
| Date d’identification | 14/11/2025 |
| Emprise au sol des bâtis | 477 m² |
| Coefficient d’emprise au sol (friche) | 0,7 % |
| Surface de plancher totale | Non renseignée |
| Logements vacants | Non renseigné |
| Pollution des sols | Informations non renseignées |
Propriété & foncier (déclaratif)
- Type de propriétaire : SAFER – Société d’aménagement foncier et d’établissement rural.
- Propriétaires (noms) : Aéroports de Paris ; Safer Île-de-France.
- Dernière mutation : 2023.
- Références cadastrales : 77005000AG0188, 77005000AG0189, 77005000AG0190, 77005000AG0191, 77005000AG0192.
Urbanisme & environnement
- Document : PLU (approbation 09/2022).
- Zone : N – zone naturelle.
- Zonage environnemental : à proximité d’une zone Natura 2000 (< 5 km).
- Périmètre de site économique (base FUSAC) : oui, à vocation dominante touristique.
- Monument historique (data.gouv) : non.
Le lieu n’a pas toujours été un problème. Jusqu’après-guerre, il s’agissait de prairies et de bois. Un premier camping apparaît dans les années 1950, puis le site évolue au fil des décennies. L’aménagement « moderne » du camping, tel qu’il a existé jusqu’à sa fermeture, est encadré par un permis de construire délivré le 24 décembre 1997.
Depuis la fermeture en 2018, le scénario est malheureusement classique : abandon, enfrichement, puis occupations illégales et dégradation rapide. Les bâtiments ont été pillés, les équipements arrachés, et l’ensemble du site est entré dans un état de délabrement avancé.
Le camping comprend notamment 7 bâtiments, des cabanons, une soixantaine d’emplacements de caravanes (avec dalles béton), et une infrastructure lourde pour un espace censé être naturel : environ 3 km de chemins goudronnés avec éclairage public. À cela s’ajoute aujourd’hui un problème massif : le site est devenu un point de dépôts sauvages, avec des centaines de tonnes de déchets (gravats, pneus, carcasses de véhicules, appareils électriques, et même déchets amiantés).
En octobre 2021, la Safer Île-de-France exerce son droit de préemption, à la demande de la commune, avec l’accord des ministères concernés (Agriculture et Finances). La Safer acquiert finalement le bien le 15 novembre 2023, avec l’objectif assumé : mener un projet de renaturation, en partenariat avec l’EPFIF et la commune.
L’opération s’inscrit explicitement dans la logique du Zéro Artificialisation Nette (ZAN) : plutôt que d’ouvrir de nouveaux espaces à l’urbanisation, il s’agit ici de désartificialiser et de restaurer un milieu fortement impacté.
Un point important, souvent mal compris : la Safer n’est pas une structure « purement privée ». Elle est une société privée investie de missions de service public, notamment pour la préservation des espaces agricoles, naturels et forestiers, et la lutte contre le mitage — ce « grignotage » diffus et non maîtrisé des espaces ruraux et périurbains par des constructions, dépôts ou installations progressives qui finissent par détruire la qualité des milieux.
Si ce projet dépasse le simple « nettoyage d’une friche », c’est parce que le site est écologiquement et hydrologiquement sensible.
Les parcelles se situent :
- à proximité d’un PRIF (Périmètre Régional d’Intervention Foncière) lié à la forêt de Valières,
- en partie dans des zones ZNIEFF (type I et II),
- dans une zone Natura 2000,
- au cœur d’une trame bleue structurée par la Marne, identifiée comme enjeu de remise en état dans le SRCE (Schéma Régional de Cohérence Écologique),
- dans un contexte de PPRI (risque inondation) et de mouvements de terrain,
- et surtout : à proximité immédiate d’un captage d’eau potable, l’ensemble du site étant dans le Périmètre de Protection Rapproché (PPR).
Autrement dit : laisser ce site dans son état actuel n’est pas neutre. Le projet vise aussi à réduire des risques de contamination et à restaurer des fonctionnalités de zones humides aujourd’hui dégradées par les déchets et l’artificialisation.
Avant de « faire », il faut comprendre. Le document souligne une première étape structurante : mener études et diagnostics pour définir les opérations les plus adaptées, notamment :
- diagnostic des enjeux hydrauliques,
- analyse et délimitation des zones humides (fonction, opportunités, contraintes).
Un élément déjà disponible : un prédiagnostic écologique (2022) mené par le bureau d’études Biotope, qui relève la présence d’une faune et d’une flore à enjeux à proximité, incluant des espèces menacées en Île-de-France. Le texte évoque aussi des espèces exotiques envahissantes (ex. Buddleia) et la nécessité de diversifier les habitats.
En parallèle, un partenariat avec Sorbonne Université a permis d’esquisser des scénarios de renaturation. Le potentiel du site est renforcé par sa localisation : proche de la base de loisirs, visible depuis des axes, et susceptible d’accueillir un projet pédagogique.
La renaturation n’est pas pensée comme une « mise sous cloche ». Le document insiste sur une insertion sociale et territoriale :
- le site est à 6 minutes à pied du centre-ville,
- il souffre aujourd’hui d’un sentiment d’insécurité et d’incitation aux dépôts (décharge visible depuis la RD404),
- la commune intervient déjà en fermant régulièrement l’accès (blocs de pierres) pour limiter les intrusions.
Le projet vise donc aussi une sécurisation pérenne et envisage des chemins pédestres et cyclables, ainsi que des panneaux explicatifs sur la biodiversité.
Et il y a une dimension patrimoniale singulière : la proximité avec l’atelier de Victor Vasarely, figure majeure de l’art optique, qui a vécu à Annet-sur-Marne et y est enterré. L’atelier, récemment rénové, a été inscrit au titre des Monuments Historiques début 2023. Des échanges avec la Fondation Vasarely sont annoncés pour imaginer des aménagements rendant hommage à l’artiste.
Le projet prévoit la mise en place d’un comité de pilotage pour associer les acteurs locaux et caler un scénario pertinent. Côté financement et portage, l’EPFIF joue un rôle clé : une convention cadre Safer–EPFIF (2021) et une convention d’application (30 janvier 2023) encadrent notamment le préfinancement de l’opération (acquisition + travaux), la Safer étant maître d’ouvrage.
La commune est partie prenante via une convention de partenariat (6 septembre 2023) : participation à la définition, sécurisation du site avant travaux, participation aux COPIL, etc.
Ce que raconte, au fond, l’Île Demoiselle
Cette plaquette ne décrit pas seulement un projet environnemental. Elle raconte une bascule : celle d’un territoire qui refuse de laisser une friche se transformer en décharge durable, et choisit de réparer plutôt que d’étendre.
Renaturer l’Île Demoiselle, ce n’est pas « remettre au propre ». C’est :
- enlever de l’infrastructure inutile,
- restaurer des fonctions écologiques et hydrauliques,
- réduire des risques (notamment sur l’eau),
- et redonner au lieu une place dans la vie locale (accès doux, pédagogie, sécurité).
Si le chantier est ambitieux, il a un mérite : il s’attaque à un vrai nœud du XXIe siècle — comment reconquérir des espaces déjà abîmés, plutôt que déplacer le problème plus loin.